Archives de mars 2008
Sea, sex and sun
L’accident a fini par payer. Loulou et moi allons nous ébattre dans les eaux cristallines de la baie de Samana en République Dominicaine, aux frais de l’assurance. Une petite semaine en amoureux, le truc qu’on n’a jamais fait, pas même en Vendée, depuis bientôt deux ans que nous sommes ensemble.
Il y a encore un an ou deux, ça m’aurait emmerdée royalement de partir pour ce genre de destination. Les palmiers et tout le toutim, ça ne me disait rien du tout. Même, je trouvais ça cheap au possible. Maintenant, je sens que les trois semaines qui nous séparent du départ vont me sembler interminables. Je n’ai pas eu de “vraies” vacances au soleil et un peu loin depuis 2001.
Ah et puis il y a aussi la jungle. LA JUNGLE ! On va pouvoir faire des balades à cheval et Loulou rêve de refaire de la planche à voile et moi aussi d’ailleurs en plus du kayak de mer en buvant du rhum. Hmm, ça va être bien marrant.
Rah, je BAVE. Coquillages et crustacés, j’arriiiiiiiiiiiiiiiiive !
Oh my god
Je crois que mon psy(chiatre) est une espèce de baba. Il y a un truc bien avec lui, c’est qu’il n’est pas spécialement pro médocs, mais le revers de la médaille, c’est qu’il donne l’impression de n’y rien connaître. C’est moi qui ai dû lui expliquer que L.P dans mon médoc, ça voulait dire “libération prolongée”. A ma demande, il m’a fait une ordonnance pour réduire les doses, en vue d’un arrêt total, ça me sert plus à rien ce truc. Sauf que ce qu’il m’a prescrit n’est pas L.P, justement, donc pas du tout la même molécule. Autant dire que pendant les trois jours où je l’ai pris avant d’arrêter de mon propre chef, j’ai eu droit à tout : nausées méga violentes, vertiges, sueurs et compagnie. Depuis que j’ai arrêté ne persistent que les vertiges – très très violents – et les suées bien suantes dès que je fais trois pas. Genre j’entends des bruits quand mes yeux bougent, et j’ai l’impression que je vais me vautrer à chaque pas que je fais. Apparemment personne ne s’en rend compte, mais pour moi c’est un peu dur à gérer, d’autant plus quand je suis au boulot. Sinon en ce moment je passe mes journées entre jean-qui-rit et jean-qui-pleure, disons plutôt vache-qui-rit ou qui pleure, parce que j’ai un ventre de femme enceinte de six mois tellement je suis ballonnée. Je pars le matin en larmes et je rentre en rigolant à moitié toute seule. J’ai l’impression d’être en descente de quelque chose de super hardcore. LSD, peut-être ? Enfin bref c’est très étrange et désagréable, surtout.
Mais ça ne devrait plus durer très longtemps. Bientôt libérée de cette chimiothérapie.
Start spreading the news…
Pas envie d’être seule ce soir, encore.
Alors en rentrant du boulot, je vais acheter mes trois prochaines plaquettes de pilules, nos clopes et puis je fonce aux Deux Singes, je sais que Mélanie est de service. Il y a des habitués au bar. Un type qui était déjà là vendredi, il fait mine de ne pas me reconnaître parce que sa nana l’accompagne. Je joue le jeu, et je lis le Parisien pour accompagner mon demi. Je ne bois plus d’alcool fort depuis que j’ai réalisé l’interaction néfaste que ça fait avec mes antidépresseurs. J’échange quelques mots avec Mélanie, tout va bien tant que j’ai le quotidien. Mais voilà, la bière est terminée et la page de l’horoscope est déjà arrivée. Je ne sais pas trop pourquoi j’en commande un autre. Ah si, je n’ai pas envie d’être seule avec le chat. Je me sens plus pathétique ici encore, à boire, un léger sourire accroché aux lèvres pour ne pas perdre la face, pour attirer une conversation. Alors je me dépêche de boire, je paye, laisse un euro de pourboire et je pars.
A la maison, le chat m’attend pour quelques caresses, puis les sempiternelles morsures d’amour. J’aimerais résister à l’appel de la télé, les gens au-dehors, les gens qui vivent derrière l’écran, mais ici tout est trop silencieux. Je pars du commencement, mais TF1, c’est impossible, alors j’arrive sur Canal et c’est un Best of et Chan Marshall de Cat Power chante New York, New York et justement l’amoureux a acheté le CD ce week-end. La télé éteinte, elle chante, j’adore sa voix. Une bière au congél’ et l’autre au frais, j’attends en écoutant. Sa voix me transporte plusieurs années en arrière.
Je suis à Saint-Vincent-les-Forts, à la montagne. C’est l’hiver, juste après Noël, je suis venue passer quelques jours de vacances avec mon amoureux avec qui ça ne fonctionnera pas – mais je ne veux pas encore l’admettre – et sa famille, avec laquelle je suis si mal à l’aise. J’ai gravé un CD pour lui, c’est un autre petit cadeau de Noël. Tous les titres de chansons comportent le mot ‘love’ ou ‘lover’ ou encore ‘loving’. Il y a ce titre de Cat Power – Sea of Love – qui m’émeut tant. Je n’arrive pourtant pas à lui transmettre cette émotion qui déborde. C’est dur, je me sens nulle, comme toujours. Pourtant il est plein d’attentions qui, longtemps après, me toucheront encore. Je me souviens de ce matin seule quand je me réveille avec Syd Matters qu’il a programmé pour moi, et aussi de ce soir où il me fait taire pour écouter le bruit feutré que fait la neige en tombant sur le toit. Il y a des poutres au plafond et je pleure. Il ne me manque plus depuis longtemps.
Ce matin, l’amoureux avait sa main sur mon ventre nu et je rêve d’enfants presque toutes les nuits. Je rêve aussi du jardin de mon enfance, et des bouquets que je faisais pour ma mère, ou alors de la mer, de Camaret qui n’est pas comme dans la réalité.
J’aime toujours autant la voix de Chan Marshall. La bière doit être fraîche à présent. Je ne la boirai sans doute pas, car la tarte aux aubergines doit être finie.
I’ve always been a bitch when I wanted to kill
Alors que Loulou est à l’affût d’une occasion au Micromania des Halles, je flâne dans les rayons, en jetant un oeil assez indifférent aux jeux qui m’entourent. Soudain, juste à côté de moi, je vois un môme qui s’empare du troisième opus de Hitman : contracts. Merde, je ne l’avais pas vu celui-là. J’en ai entendu beaucoup de bien, et je suis un peu déçue de passer à côté de cette occasion. Je regarde à nouveau dans les rayons, mais c’était malheureusement le seul. L’amoureux est toujours en train d’éplucher le magasin, alors je décide d’observer le gamin. On ne sait jamais, peut-être qu’il va changer d’avis.
Le jeu toujours à la main, il demande à un vendeur si Hitman est bien. Le type lui répond que c’est un super jeu, qu’il nécessite de la réflexion et que c’est ça qui est pas mal, parce que c’est pas juste un jeu de bourrin où tu dois tuer tout ce qui bouge. Dubitatif, le môme a peur que ce soit un peu trop dur pour lui et fait mine de le reposer. Je jubile déjà.
Mais le vendeur lui réplique qu’il faut se lancer dans des jeux pas toujours super faciles, sinon il n’y a aucun défi et que si on sait d’avance qu’on aura fini un jeu trois jours après l’avoir acheté, c’est pas très intéressant. Le gosse a envie d’action, il a peur d’être déçu. “Ah, les jeunes aujourd’hui c’est plus ce que c’était !” s’exclame l’employé en souriant, et il lui propose d’en parler à un de ses collègues qui est un grand fan de la série.
En attendant d’aller parler au type, le môme repose naïvement le jeu dans le bac à occasions et continue à discuter, posant des questions sur d’autres jeux.
Je me retourne vers l’amoureux qui me voit maintenant rôder depuis un bon moment. Je suis ennuyée, ce serait quand même pas très fair-play de prendre Hitman au nez et à la non-barbe du gamin. Mais bon, en même temps si tu veux vraiment un truc qui n’existe qu’en un seul exemplaire dans un magasin, bah tu le gardes non ? Même si tu n’es pas encore tout à fait sûr de vouloir le prendre, d’ailleurs. Alors bon, je décide d’attendre encore un peu, histoire de ne pas être trop grillée, parce que je crois bien maintenant que le vendeur m’a repérée depuis plusieurs minutes et que bien que ça m’amuse, j’ai quand même un peu honte de mon manège.
Maintenant leur conversation a pris un autre tour, ils parlent de jeux dont je me moque éperdument. Je ne sais pas trop quoi faire, est-ce que je dois attendre que le gosse aille parler à l’autre vendeur ? Mes questions sont vite éludées par un client qui commence à fouiller dans le bac à occasions. Il se rapproche dangereusement du Hitman. Je me suis déjà faite avoir une fois, je ne me ferai pas avoir une deuxième. Ni une ni deux, je prends le jeu et fais semblant de regarder attentivement la jaquette.
Loulou a finit par prendre Medal of Honnor, il n’attend plus que moi pour passer à la caisse. J’ai du mal à me décider, c’est quand même pas cool pour le gamin, ce que je suis en train de faire. Après tout, il l’avait en premier, même s’il doit avoir douze ans à tout casser, ça ne me donne pas le droit de lui piquer son jeu, comme une vieille charognarde… que je suis. Le môme termine sa discussion avec le vendeur et se retourne soudain pour récupérer le jeu avant d’aller parler à l’autre employé. Je fais semblant de ne pas l’entendre se demander tout haut où il l’a reposé et me retourne vers Loulou en voyant la mère arriver. Faudrait pas qu’elle me grille, on peut passer à la caisse ?
En faisant la queue, je ne suis pas super à l’aise. Surtout que la mère fait également la queue juste à côté de moi. Tout à coup elle m’interpelle. Coup de stress. C’est seulement pour m’indiquer que la caisse devant elle est libre et que c’est mon tour de payer.
Voilà, on paye et on sort du magasin sans encombres. Je vais devenir une tueuse à gages professionnelle.
Je retiens quand même quelques enseignements pour une éventuelle situation similaire : la prochaine fois, je ferai semblant de m’intéresser à autre chose tout en épiant les faits et gestes des personnes concernées, je serais moins grillée et plus détendue. C’est comme quand on veut voler un truc, la décontraction n’a pas d’égale pour ne pas se faire repérer.
Et puis, pour ma décharge, on peut dire que je lui ai en quelque sorte rendu service, au gamin. C’est un peu grâce à moi qu’il sera un peu plus méfiant à l’avenir quand il voudra un truc, et qu’il ne se le fera donc pas piquer par un(e) malotru(e) de mon espèce !

