I’ve always been a bitch when I wanted to kill
Alors que Loulou est à l’affût d’une occasion au Micromania des Halles, je flâne dans les rayons, en jetant un oeil assez indifférent aux jeux qui m’entourent. Soudain, juste à côté de moi, je vois un môme qui s’empare du troisième opus de Hitman : contracts. Merde, je ne l’avais pas vu celui-là. J’en ai entendu beaucoup de bien, et je suis un peu déçue de passer à côté de cette occasion. Je regarde à nouveau dans les rayons, mais c’était malheureusement le seul. L’amoureux est toujours en train d’éplucher le magasin, alors je décide d’observer le gamin. On ne sait jamais, peut-être qu’il va changer d’avis.
Le jeu toujours à la main, il demande à un vendeur si Hitman est bien. Le type lui répond que c’est un super jeu, qu’il nécessite de la réflexion et que c’est ça qui est pas mal, parce que c’est pas juste un jeu de bourrin où tu dois tuer tout ce qui bouge. Dubitatif, le môme a peur que ce soit un peu trop dur pour lui et fait mine de le reposer. Je jubile déjà.
Mais le vendeur lui réplique qu’il faut se lancer dans des jeux pas toujours super faciles, sinon il n’y a aucun défi et que si on sait d’avance qu’on aura fini un jeu trois jours après l’avoir acheté, c’est pas très intéressant. Le gosse a envie d’action, il a peur d’être déçu. “Ah, les jeunes aujourd’hui c’est plus ce que c’était !” s’exclame l’employé en souriant, et il lui propose d’en parler à un de ses collègues qui est un grand fan de la série.
En attendant d’aller parler au type, le môme repose naïvement le jeu dans le bac à occasions et continue à discuter, posant des questions sur d’autres jeux.
Je me retourne vers l’amoureux qui me voit maintenant rôder depuis un bon moment. Je suis ennuyée, ce serait quand même pas très fair-play de prendre Hitman au nez et à la non-barbe du gamin. Mais bon, en même temps si tu veux vraiment un truc qui n’existe qu’en un seul exemplaire dans un magasin, bah tu le gardes non ? Même si tu n’es pas encore tout à fait sûr de vouloir le prendre, d’ailleurs. Alors bon, je décide d’attendre encore un peu, histoire de ne pas être trop grillée, parce que je crois bien maintenant que le vendeur m’a repérée depuis plusieurs minutes et que bien que ça m’amuse, j’ai quand même un peu honte de mon manège.
Maintenant leur conversation a pris un autre tour, ils parlent de jeux dont je me moque éperdument. Je ne sais pas trop quoi faire, est-ce que je dois attendre que le gosse aille parler à l’autre vendeur ? Mes questions sont vite éludées par un client qui commence à fouiller dans le bac à occasions. Il se rapproche dangereusement du Hitman. Je me suis déjà faite avoir une fois, je ne me ferai pas avoir une deuxième. Ni une ni deux, je prends le jeu et fais semblant de regarder attentivement la jaquette.
Loulou a finit par prendre Medal of Honnor, il n’attend plus que moi pour passer à la caisse. J’ai du mal à me décider, c’est quand même pas cool pour le gamin, ce que je suis en train de faire. Après tout, il l’avait en premier, même s’il doit avoir douze ans à tout casser, ça ne me donne pas le droit de lui piquer son jeu, comme une vieille charognarde… que je suis. Le môme termine sa discussion avec le vendeur et se retourne soudain pour récupérer le jeu avant d’aller parler à l’autre employé. Je fais semblant de ne pas l’entendre se demander tout haut où il l’a reposé et me retourne vers Loulou en voyant la mère arriver. Faudrait pas qu’elle me grille, on peut passer à la caisse ?
En faisant la queue, je ne suis pas super à l’aise. Surtout que la mère fait également la queue juste à côté de moi. Tout à coup elle m’interpelle. Coup de stress. C’est seulement pour m’indiquer que la caisse devant elle est libre et que c’est mon tour de payer.
Voilà, on paye et on sort du magasin sans encombres. Je vais devenir une tueuse à gages professionnelle.
Je retiens quand même quelques enseignements pour une éventuelle situation similaire : la prochaine fois, je ferai semblant de m’intéresser à autre chose tout en épiant les faits et gestes des personnes concernées, je serais moins grillée et plus détendue. C’est comme quand on veut voler un truc, la décontraction n’a pas d’égale pour ne pas se faire repérer.
Et puis, pour ma décharge, on peut dire que je lui ai en quelque sorte rendu service, au gamin. C’est un peu grâce à moi qu’il sera un peu plus méfiant à l’avenir quand il voudra un truc, et qu’il ne se le fera donc pas piquer par un(e) malotru(e) de mon espèce !