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Paul Auster e(s)t mon psy
Ce soir j’ai annulé ma séance chez le psy. Ca doit faire environ cinq semaines que je ne l’ai pas vu, il était en vacances. Je me suis longuement demandé si j’allais annuler ou non, la culpabilité de prévenir au dernier moment m’a plusieurs heures prise d’assaut, et puis finalement j’ai cédé. C’est un peu nul d’appeler deux heures avant un rendez-vous, j’en ai bien conscience, et il n’y a pas de “mais” qui vaille. Je n’y avais pas vraiment pensé jusqu’à aujourd’hui et la perspective d’aller raconter ces cinq dernières semaines pendant une heure ne me disait vraiment rien.
Pendant plusieurs mois j’ai eu l’impression que ça changeait des choses, que ça me faisait du bien, et puis là, je n’avais vraiment pas envie d’aller chercher à analyser la moindre de mes pensées. J’ai l’impression – ou peut-être que je m’en persuade seulement – que ça ne me fait plus de bien, au contraire, que ça m’enfonce et me fait poser encore des questions inutiles. Il faut juste que je réapprenne à faire des choses pour moi, des instants pour moi seule, et j’en ai envie, en plus. Je suis sortie de ma phase “il n’y a que lui qui compte” et si en général la fin de cette période coïncide avec l’idée que je n’aime plus la personne en question dans mon esprit tordu, cette fois je crois avoir enfin pigé.
Et puis je me suis remise à lire pour de bon, là. J’enquille les Paul Auster, je lorgne enfin vers la trilogie de Stieg Larsson achetée en mars ou avril que je n’ai toujours pas lue et qui me fait enfin envie. Pas pour dire aux autres que je l’ai lue, mais pour la lire, pour moi.
Je remarque aussi une nette tendance à avoir envie de sortir, de voir des gens, de faire des choses – n’importe quoi pourvu que ça ne soit pas rester là à l’attendre. Et ça fait drôlement du bien.
Eh ben en fait…
Je ne suis pas stressée, je suis juste bien.
Je prends petit à petit les commandes de ce nouveau boulot, ça m’intéresse, les gens sont cools, l’ambiance est bonne et je suis ravie, sans être hystérique pour autant. Alors tout va bien.
Keep on moving
Bon, pour les photos de vacances, on repassera. Sans mentir, elles n’ont vraiment rien d’intéressant, moi en maillot de bain ou loulou tirant sa planche à voile, bof. Non qu’on soit particulièrement moches, mais bon, y’a des choses plus intéressantes dans la vie.
Comme de commencer un nouveau boulot que j’avais envie de faire bien avant de lire le brief du poste, ou encore d’avoir été voir Portishead en concert. Comme d’avoir rencontré un de mes futurs collègues qui me donne envie de commencer le boulot de façon anticipée ou bien que tout se passe à merveille dans ma vie amoureuse.
Qui l’eut cru, moi qui ai passé tant de temps à déprimer et me plaindre ces deux dernières années, et les précédentes en discontinu ?
Ce soir j’écoute ESG – une éternité que je n’avais pas mis cet album – et ma foi il ne doit pas y avoir de hasard pour écouter Keep on Moving à l’aube de cette nouvelle vie déjà un peu entamée, pas qu’en rêve.
Il y a ces costumes d’époque qu’un gentil ex veut me voir coudre. J’ai peur qu’il ait quelque peu surestimé mes qualités de couturière mais qu’importe, si je n’essaye pas je ne saurai jamais me faire un corset.
Il y a aussi ces argentiques à aller porter boulevard Beaumarchais, si je veux pouvoir m’en resservir un jour. Quel pied je vais prendre. Il faudrait vraiment que j’investisse dans un agrandisseur, ou alors j’irai squatter celui du dit ex, après tout il l’avait en partie acheté pour qu’on l’utilise ensemble. Ca ne m’étonnerait pas qu’il ne s’en serve plus, je lui rendrais finalement service, quelque part…
C’est rigolo, c’est juste le moment que choisit l’IPod pour diffuser “I’m his ex”. Je vis beaucoup avec eux, encore, quelque part. Surtout un, en fait, un autre. Ce que j’aime avec lui c’est que cette relation a perdu le côté malsain qui a longtemps perduré. Cet ex c’est – et Dieu sait que j’ai horreur de ce qualificatif – mon meilleur copain. Une espèce d’âme soeur reconvertie en frère illégitime.
Pour en revenir à ce que je disais, j’ai énormément de choses à faire, traîner au marché Saint-Pierre, lire tous les bouquins achetés et offerts ces derniers mois, regarder l’intégrale de Palettes et aussi les premières saisons de Californication et Damages, mettre mes plantes en pots, ravoir ma clématite que l’ex presque parfait a laissé crever, lire la presse ciné et aller voir des films à la pelle, me prendre une carte MK2-UGC, regarder les Masters of Horror en VOD, revoir The Descent, convertir Loulou aux films d’horreur et me pencher sur le genre des Women’s Revenge, tout en me plongeant dans le cinéma italien. Je dois aussi aller flâner un peu pour trouver des cadeaux, organiser quelques dîners, passer mon permis. PASSER MON PERMIS, et rappeler ces foutues assurances pour qu’elles finissent de me payer.
Bref, les choses de la vie quotidienne, quoi. J’ai aussi envie de prendre le temps d’avancer sans me précipiter, pour me construire une vie aussi solide que possible. Ca semble plutôt bien parti.
Today’s a new day
Aujourd’hui il fait beau et je vais donner ma démission. Ils auront le week-end pour la digérer. Non que je sois indispensable. Mais on ne remplace pas quelqu’un en deux semaines.
Top départ.
Promis je montre les photos des VACANCES après !
On its way…
Une nouvelle vie va bientôt commencer. Très bientôt, je n’aurai plus à faire inlassablement la même chose à longueur de journée : remplir assez bêtement des cases avec des contenus toujours similaires et la frustration latente de ne pouvoir me renouveler. Très bientôt je n’aurai plus au-dessus de moi un être rendu acariâtre et obtu par le rejet constant de ce qu’il est.
Aujourd’hui, c’est la fête du Travail et je quitte bientôt le mien, pour un autre. Je laisse un CDD pour un CDI. Je vais enfin faire quelque chose qui me plaît et j’ai hâte d’entamer cette nouvelle aventure.

Start spreading the news…
Pas envie d’être seule ce soir, encore.
Alors en rentrant du boulot, je vais acheter mes trois prochaines plaquettes de pilules, nos clopes et puis je fonce aux Deux Singes, je sais que Mélanie est de service. Il y a des habitués au bar. Un type qui était déjà là vendredi, il fait mine de ne pas me reconnaître parce que sa nana l’accompagne. Je joue le jeu, et je lis le Parisien pour accompagner mon demi. Je ne bois plus d’alcool fort depuis que j’ai réalisé l’interaction néfaste que ça fait avec mes antidépresseurs. J’échange quelques mots avec Mélanie, tout va bien tant que j’ai le quotidien. Mais voilà, la bière est terminée et la page de l’horoscope est déjà arrivée. Je ne sais pas trop pourquoi j’en commande un autre. Ah si, je n’ai pas envie d’être seule avec le chat. Je me sens plus pathétique ici encore, à boire, un léger sourire accroché aux lèvres pour ne pas perdre la face, pour attirer une conversation. Alors je me dépêche de boire, je paye, laisse un euro de pourboire et je pars.
A la maison, le chat m’attend pour quelques caresses, puis les sempiternelles morsures d’amour. J’aimerais résister à l’appel de la télé, les gens au-dehors, les gens qui vivent derrière l’écran, mais ici tout est trop silencieux. Je pars du commencement, mais TF1, c’est impossible, alors j’arrive sur Canal et c’est un Best of et Chan Marshall de Cat Power chante New York, New York et justement l’amoureux a acheté le CD ce week-end. La télé éteinte, elle chante, j’adore sa voix. Une bière au congél’ et l’autre au frais, j’attends en écoutant. Sa voix me transporte plusieurs années en arrière.
Je suis à Saint-Vincent-les-Forts, à la montagne. C’est l’hiver, juste après Noël, je suis venue passer quelques jours de vacances avec mon amoureux avec qui ça ne fonctionnera pas – mais je ne veux pas encore l’admettre – et sa famille, avec laquelle je suis si mal à l’aise. J’ai gravé un CD pour lui, c’est un autre petit cadeau de Noël. Tous les titres de chansons comportent le mot ‘love’ ou ‘lover’ ou encore ‘loving’. Il y a ce titre de Cat Power – Sea of Love – qui m’émeut tant. Je n’arrive pourtant pas à lui transmettre cette émotion qui déborde. C’est dur, je me sens nulle, comme toujours. Pourtant il est plein d’attentions qui, longtemps après, me toucheront encore. Je me souviens de ce matin seule quand je me réveille avec Syd Matters qu’il a programmé pour moi, et aussi de ce soir où il me fait taire pour écouter le bruit feutré que fait la neige en tombant sur le toit. Il y a des poutres au plafond et je pleure. Il ne me manque plus depuis longtemps.
Ce matin, l’amoureux avait sa main sur mon ventre nu et je rêve d’enfants presque toutes les nuits. Je rêve aussi du jardin de mon enfance, et des bouquets que je faisais pour ma mère, ou alors de la mer, de Camaret qui n’est pas comme dans la réalité.
J’aime toujours autant la voix de Chan Marshall. La bière doit être fraîche à présent. Je ne la boirai sans doute pas, car la tarte aux aubergines doit être finie.
Première séance
Un premier rendez-vous chez le psychiatre, c’est toujours un peu frustrant. Enfin ça doit être frustrant surtout si on a l’impression que ça se passera bien avec le médecin. C’est l’impression que j’ai eue, ça doit être pour ça que je suis frustrée.
Si j’avais pu, j’aurais parlé pendant des heures, des jours et des nuits entiers avec, de temps à autres, une voix et une physionomie rassurantes pour me relancer. Là encore il faut que j’apprenne à gérer la frustration, à me souvenir de ce que j’ai dit sans pour autant me noyer à nouveau dans tout ça, à être patiente, aussi, parce que les réponses et les évolutions ne viendront pas du jour au lendemain.
Rendez-vous le 10 mars alors, monsieur le psychiatre. J’ai hâte.
Ca va mieux en le disant
Bon, bon, bon les enfants. Je crois qu’il est temps de faire un point. Je ne suis ni cinglée, ni dépressive et pas vraiment suicidaire. Ouf. Je suis hystérique – ou histrionique pour les plus calés. C’est pas très glorieux, c’est vrai, et j’attends de pouvoir affiner et combattre plus efficacement le truc avec le psy, mais ça va déjà mieux en le disant.
J’ai réalisé que c’est un truc de famille, à plus ou moins grande échelle, cette tare. Oui oui, ça reste une tare, un trouble du comportement, non ? Bref, ma mère est pareille, voire pire, parce qu’elle a fini par en prendre son parti pour mieux le vivre, sans doute. En conclusion elle trouve ça bien. Elle s’aime beaucoup, ma mère, mais moi comme je l’ai déjà dit je le vis plutôt mal et je n’ai pas du tout envie de continuer à foutre ma vie en l’air en attirant l’attention par tous les moyens possibles et imaginables jusqu’à m’en taper la tête contre les murs. Au sens propre du terme.
Ca aurait pu être mieux, mais ça aurait pu être pire aussi, et au final ça soulage de mettre des mots dessus et déculpabilisant aussi de réaliser que je suis loin d’être la seule dans ce cas.
Merci Sigmund.
Enieme retour en arrière
Bon voilà, j’ai tout arrêté. Après un autre pétage de plomb hier, ma mère alertée par Kiki a fini par me convaincre que ce n’était pas vraiment le bon moment pour partir. C’est vrai que dans mon état actuel, me retrouver seule ou parmi des inconnus dans un endroit qui m’est étranger, ce n’est pas forcément une riche idée.
Alors, pour la énième fois, j’ai pris rendez-vous chez un psychiatre. J’ai demandé à celui dont je partage la vie de ne pas me foutre dehors, mais de faire comme si je n’étais pas là, parce que j’ai du mal à gérer ses “c’est bon, détend-toi, sois zen” quand je ne pense qu’à ma boîte d’antidépresseurs qui ne demande qu’à être avalée tout entière.
Eh oui, c’est usant, les gens dépressifs. C’est frustrant de ne pas pouvoir les faire réagir, je sais bien. Je sais bien que je mets les gens mal à l’aise et je comprends, même si ça me fait culpabiliser un peu plus, quand on me parle sur un ton méprisant, agacé, lassé ou simplement quand on m’ignore.
Je ne leur en veux pas, je n’en veux qu’à moi.
Les affaires reprennent
Bon, déjà un rencard pour une coloc’ cet après-midi. Une chatte, un chien, 220m², trois mecs, c’est mon Gaston qui serait heureux. Finalement on se dit que pour le moment on ne se sépare pas. On verra bien comment les choses évolueront. Moi j’ai indéniablement besoin de partir, prendre l’air, faire ma vie, apprendre à me connaître, à m’assumer, à m’aimer, aussi, comme me le disait très justement Lara.
Aujourd’hui je me sens mieux. J’ai peur bien sûr de cette nouvelle aventure qui prend déjà forme dans mon esprit. J’ai peur de moi-même, des autres, de la solitude. Je n’ai jamais connu tout ça. J’ai peur mais j’ai envie d’avancer, de faire des choses pour moi et plus pour satisfaire tous les autres. Et puis je n’ai plus de pèt’ et c’est bien, j’y vois plus clair, je raisonne à nouveau. Il fait beau. J’espère que cette entrevue se passera bien. J’espère qu’ils me choisiront moi si ça me plaît vraiment. J’ai besoin de découvrir d’autres horizons.